Café du Commerce, Place d’Armes
Robert L. Philippart
Partie I
La Café du Commerce à la Place d’Armes (N°13) compte parmi les établissements les plus vénérables de la capitale. Avec l’ancien Café belge, et à partir de 1895 du Grand Café, le Café du Commerce comptait parmi les seules brasseries flanquant la partie sud de la Place d’Armes. Pendant 140 ans il fut un établissement de référence, un centre culturel, un centre de formation pour tout type d’organisation. Fermé en 1987, l’enseigne a cédé sa place au restaurant « Pizza Hut. »
Du temps de la forteresse
Les origines du Café du Commerce remontent à une époque antérieure à 1850. A ce moment, la place d’Armes fut encore la place d’exercice de la garnison prussienne. Leur corps de garde principal se trouvait à l’emplacement de l’actuel Cercle Cité. L’ancien Café Fehr était logé dans la maison Michaelis (3,21 a) dont les trois étages et le bâtiment arrière, également à trois étages étaient données en location. Le nom de Café du Commerce remonte à la reprise de l’établissement en 1862 par Adolphe Cahen (1819-1876). Celui-ci avait commencé sa carrière comme marchand de farine à la rue Saint-Philippe (rue Philippe II). Cahen fut aussi, en tant qu’économe de la société des arquebusiers, le premier exploitant de la villa Louvigny au parc de la ville. Celle-ci avait été vendue comme ancien bien de la forteresse en novembre 1868. Il y organisait des concerts publics, comme la place d’Armes ne disposait pas encore de kiosque à musique à cette époque.
Son établissement à la place d’Armes servait également de siège à des représentants de commerce de passage à Luxembourg. Cahen servait de la bière Bock brassée à Strasbourg ainsi que de l’Augustiner Bräu de Munich. Sa veuve reprit les affaires jusqu’en 1891. Elle fut active au sein de l’Alliance Française.
Café du Commerce
Otto Goebel reprit l’enseigne durant les années 1891 à 1897. Il avait complètement rénové la salle et l’avait portée au niveau de confort de son époque. Il soulignait que les consommations proposées étaient de « toute première qualité » et que le service « ne laisse rien à désirer ». Parmi les nouveaux équipements comptait une table de billard, un équipement récurrent dans les grandes brasseries de la ville. Il servait de la bière Salvator et Pilsen de la brasserie Diekirch et assura même la livraison des grandes bouteilles au domicile de ses clients. Il offrait le l’eau pétillante préparée avec l’eau de la conduite d’eau de la ville, ce qui témoigne de l’excellente qualité de ce débit.
Le Café du Commerce s’établira pour des générations durant comme lieu de vente de billets d’entrées pour des concerts ou des manifestations sportives organisées en ville. Le soin qu’il portait à ses clients lui valut en 1894 l’établissement du siège de l’Union dramatique, qui y disposait de sa propre salle, soit pour donner des présentations publiques, soit pour servir de salle de répétition. Le cabaret satirique suivit comme nouvelle distraction pour « les intellectuels et les dilettantes » (L’Indépendance luxembourgeoise, 23 octobre 1903).
En accueillant l’Union dramatique Otto Goebel lança une tradition pour cet établissement et qui va lui donner une identité propre. Pendant pratiquement cent ans, la grande salle au premier étage du Café du Commerce servait de lieu de spectacle, de projections films, de lieu de conférences, de présentations électorales, de produits commerciaux, d’actions de propagande pour les inscriptions dans une dizaine d’ universités étrangères, de lieu d’organisation d’innombrables assemblées générales d’associations culturelles, sportives, politiques, sociales.
A partir de 1907 et pendant 80 ans, la salle fut également recherchée par les notaires pour y organiser des ventes immobilières.
Alors que dans d’autres établissements, l’offre était plus diversifiée avec des bals populaires, des thé-dansants, le Café du Commerce était devenu un véritable centre culturel privé. Au moment où le Café Belge voisin se muait en restaurants « Wimpy » et « Kofferpaan » (1969) plusieurs associations « migraient » vers le Café du Commerce qui persistait dans sa tradition historique.

Heures de gloires avec Scharff-Vanière
En janvier 1900, l’immeuble fut vendu par la veuve Adolphe Cahen à Joseph Giver, dépositaire de la brasserie Sedlmayer (Spatenbräu Munich) et propriétaire de la fabrique de pailles à Luxembourg-Hollerich. Giver allait rénover les locaux et les donna en exploitation à François Scharff-Vannière (1873-1930). L’ancien comptoir portant le monogramme SV est aujourd’hui conservé dans les collections du Musée National d’Histoire et d’Art. La maison servait le Franziskaner Bräu de Munich. Après la sortie du Luxembourg de l’Union douanière avec l’Allemagne (1918), la consommation des bières bavaroises diminue fortement. Les bières locales gagnent d’importantes parts de marché. La maison servait ainsi de la bière de Clausen et plus tard de la bière Mousel. Entre 1960 et 1974, la maison offrait également les limonades luxembourgeoises de la marque Canada Dry.
En 1902, la société des pensionnaires et ayant droit à la pension y organisa sa réunion de fondation. Le 14 octobre 1909, un comité d’organisation invita 2000 fonctionnaires et employés publics pour assister à une réunion au Café du Commerce dans le but de constituer une association générale. Dans le sillage de ces actions, les premières conférences publiques eurent lieu à la nouvelle salle aménagée au 1er étage de l’établissement. A partir de 1912, la Société Anonyme d'Edition Populaire à Luxembourg y organisa régulièrement ses assemblées générales. Le Cercle sténographique luxembourgeois et la Fédération Nationale des Employés Privés ou encore l’Association des Voyageurs et Employés du Commerce et de l'Industrie élisaient le Café du Commerce comme siège pour leurs réunions et assemblées. Ces associations avec leurs centaines, voire milliers de membres tissaient ainsi un lien avec le Café à la place d’Armes. D’autre part, en annonçant à leurs frais le lieu de leur assemblée dans la presse nationale, Scharff-Vannière bénéficiait à chaque fois d’une annonce gratuite dans les journaux.
En 1908, la fédération des Sociétés Luxembourgeoises de Sports Athlétiques se constitua au Café du Commerce. Cette fondation couvrait d’innombrables nouvelles opportunités. Le Café devint ainsi le lieu de la remise des dossards pour plusieurs courses cyclistes Luxembourg-Bruxelles, Luxembourg-Nancy, Coupe Peugeot, Tour de Belgique. Le Club d’aviation fut fondé en 1909 au Café du Commerce.
Scharff-Vannière attirait un nouveau public en projetant des photos sur sa façade. Son établissement allait devenir le siège du Ciné-Club.

Le Café du Commerce « réunissait à Luxembourg la jeunesse intellectuelle du pays: Floréal (la revue littéraire et artistique) y naquit, l’Alliance française y fut élaborée, L’Indépendance Luxembourgeoise (le quotidien) rénovée; des plus spirituelles d’entre les revues de fin d’année y prirent corps, des livres même partirent de là! Nulle table où n’aient été griffonnées des strophes, croquées des têtes, esquissés des projets ! On y faisait de la littérature, de la politique, du théâtre, de la polémique en vers et en prose ; on y discutait musique, peinture ; on y reconstruisait la ville, on y réédifiait le monde ; l’ordre social, tous les jours, y était renouvelé ! On y parlait français avec frénésie, on y étudiait l’italien avec ardeur, et même l’espéranto, à moins que ce n’ait été l’ido, ou quelque chose d’approchant. Parmi les tables de poker ou de »skat» et les roulements des dés du jaquet ou des billes du billard, les lettres, les arts, le commerce, la médecine, la finance et surtout le droit voisinaient fraternellement sous l’œil tutélaire et amusé de cet homme infiniment serviable qu’était François Scharff qui prenait part lui- même à cette vie intellectuelle et photographe amateur aux réalisations étonnantes, y mettait lui aussi sa note d’art personnelle. A ses côtés, Madame Scharff, Française et Lorraine comme lui, souriait avec indulgence à nos jeunes exagérations et, par sa bonne grâce, son amabilité, jamais démentie, rapprochait parfois les plus irréconciliables. Au comptoir, un chien de race, des chats angoras recevaient les habitués ; sur le mur en face, immortalisé par Pierre Blanc, François Scharff en costume moyen-âge, servait de l’hydromel !... Pour la jeunesse bouillante d’alors le café était l’unique exutoire. » (L’Indépendance luxembourgeoise, 4 janvier 1930, p.3).
Fin janvier 1914, François Scharff-Vannière remit le flambeau au cafetier Pierre Braun.

Partie II
La Café du Commerce à la Place d’Armes (N°13) compte parmi les établissements les plus vénérables de la capitale. Avec l’ancien Café belge, et à partir de 1895 du Grand Café, le Café du Commerce comptait parmi les seules brasseries flanquant la partie sud de la Place d’Armes. Pendant 140 ans il fut un établissement de référence, un centre culturel, un centre de formation pour tout type d’organisation. Fermé en 1987, l’enseigne a cédé sa place au restaurant « Pizza Hut. »
Café « Au Maréchal Foch- Café du Commerce »
Pierre Braun se lança en 1914 en organisant quelques soirées musicale ou animées par des clowns. Toutefois, les associations gardaient la main mise sur l’établissement. A son arrivée, trois garçons de salle, quittaient l’établissement et reprenaient à leur compte le Café de Paris (Place d’Armes), la Taverne des Sports (Place d’Armes), respectivement le Café de la Marne (Avenue de la Gare).
Un triste événement allait se dérouler pendant la première guerre Mondiale sur la terrasse du Café du Commerce. Le général allemand Richard Karl von Tessmar y apprit qu’une cinquantaine de franc tireurs belges avaient été arrêtés en gare d’Arlon. Sans longtemps hésiter, il y ordonna à son peloton de les exécuter.
A la fin de la guerre et suite à l’entrée du 109e régiment d’infanterie français, le 25 novembre 1918, le Maréchal Foch s’était rendu pour la première fois au Luxembourg pour discuter de l’avenir du pays. Dix jours avant son second voyage à Luxembourg, le 15 décembre, Pierre Braun annonçait wue son établissement portait désormais le nom « Café Au Maréchal Foch ». Il proposait à sa clientèle des « American Drinks ». Les Luxembourgeois francophiles s’y retrouvaient le dimanche et les jours de fête pour des concerts symphoniques. En 1919, la Ligue Française y invita les légionnaires luxembourgeois retournés au pays, mais également le secrétaire général de l’Alliance Universitaire Française pour donner une conférence sur la « question luxembourgeoise ».
Après la Guerre, le Café du Commerce, reprit son ancien nom. La brasserie allait devenir pour 60 ans le rendez-vous intellectuel de la jeunesse. S’y fonda l’Association générale des étudiants luxembourgeois en 1919. Pendant des années des étudiants luxembourgeois d’universités belge, Française, allemande et suisse venaient présenter aux bacheliers luxembourgeois leurs études et modes d’inscription à leurs écoles. Cette jeunesse intellectuelle organisa également des conférences académiques avec des professeurs d’université. Il faut noter que plusieurs de ces réunions se déroulaient le matin ou l’après-midi ce qui représentait pour le cafetier des recettes complémentaires à celles encaissées en soirée.
En 1919, la salle du premier étage allait également servir d’exposition rétrospective sur l’œuvre du peintre Ferdinand d’Huart (1857-1919), président du Cercle Artistique et portraitiste de plusieurs membres de la famille grand-ducale.
A côté de ce milieu intellectuel et des associations sportives, le Café du Commerce attira, dès les années 1920, des associations de commerçants voulant lancer des foires commerciales internationales à Luxembourg.
Nouveau concept en 1920
En 1920, Pierre Braun changea de concept et modernisait son établissement. L’immeuble fut doté d’un chauffage central. La table de billard n’était plus prisée et fut vendue. Il rebaptisa son établissement en « Majestic Grand Café du Commerce ». Braun servait de la bière blonde de Munich, des American drinks et proposait à sa clientèle des « Five o’Clock Tea et des concerts symphoniques quotidiens. En 1923, l’affluence de clients pendant la Schueberfouer fut telle que Braun dut recruter jusqu’à 4 serveuses à la fois. Fin gastronome, Braun allait également offrir le service traiteur. Ainsi, il fut responsable du dîner gastronomique offert à l’occasion du bal de la Conférence du Jeune Barreau au Cercle municipal, respectivement de celui de la foire commerciale.
Les années 1930 et années de guerre
Le 13 août 1924 Hadju & Alff reprennent l’enseigne du Café du Commerce, Pierre Braun-Petit ayant repris l’Hôtel de Paris à la Place de Paris. Outre, les apéritifs et les liqueurs, les bières et vins du pays, le Café du Commerce / Majestic servait comme spécialité des glaces et cafés-glacés. Les nouveaux types de réfrigérateurs permettaient d’offrir ces mets. La présence de Hadju & Alff ne fut que de courte durée, car en mars 1927, Colas Fohl, tenancier du Café de l’Hôtel de Ville (Place Guillaume II) reprit les affaires et acquit même la propriété de la famille Harpes-Petit en 1929. Colas Fohl poursuit la tradition des concerts et des soirées dansantes « ohne Aufpreis auf Getränke ». Il fut membre de la Mutualité des Cafetiers et Hôteliers du Grand-Duché.
La salle du 1er étage accueillit plusieurs associations professionnelles pour leurs assemblées et réunions. Les maîtres-boulanger et les coiffeurs y fondaient même leurs syndicats. Le décès de Colas Fohl en 1937 entraîna la vente de l’immeuble au pharmacien Molitor. L’épouse de Colas Fohl, Anne Neuerburg, reprit le Café de l’Hôtel de Ville. Le Café du Commerce fut transformé en 1938 par l’architecte de grande renommée, Paul Funck. Il obtint sa façade actuelle.
Pendant les années de guerre l’enseigne prit le nom de Café Merkur et fut géré par Nic Tonnar qui avait exploité le Café de même nom à la place de l’Etoile. Le 4 janvier 1941, une partie des « Ortgruppenleiter » était rassemblée au « Gasthaus merkur » pour recevoir les instructions sur la « Groß-Kundgebung « du lendemain.
Nouveau départ en 1944
En novembre 1944, Willy Hoehn rouvrait le Café du Commerce et son restaurant s’appelait désormais « Restaurant Suisse ». Des menus spéciaux furent proposés aux pèlerins durant l’Octave.
L’Association luxembourgeoise des ingénieurs et industriels et le Cercle Artistiques fondés au Grand Café voisin, transféraient leurs sièges au Café du Commerce. Les jeunes instituteurs luxembourgeois ou encore l’amicale du lycée de jeunes filles allaient également s’établir à cette enseigne, qui allait redevenir le grand rendez-vous de la capitale.
En décembre 1946 Léon Behm-Huss allait reprendre l’enseigne. L’entrée à droite du rez-de-chaussée était réservée à l’accès aux étages. Une enseigne annonçait à l’entrée l’adresse de « Reclam-Publicité » de Michel Ungeheuer gérant le parc des colonnes d’affichage de la Ville de Luxembourg.
En entrant dans le restaurant en 1967, le client avait tout de suite l'impression d'entrer dans un mélange d'usine et de brasserie. La salle était perçue comme « vieillotte, purement fonctionnelle, aux marbres un peu froids vers l'avant et au goût rustico-bavarois luxembourgeois vers l'arrière ». Les garçons, toujours en hâte, le cliquetis des casseroles et des assiettes, les ordres qui fusent par-dessus du grand comptoir, remplissaient la salle d'une atmosphère typique de grand carrefour touristique » lit-on dans le Lëtzebuerger Land du 21 juillet 1967.
Une carte impressionnante et l’ouverture jusqu’à 1 heure du matin et de servir toujours et rapidement des plats chauds et froids firent la réputation de la maison. Le noctambule qui s'amenait après minuit pour neutraliser son excès d'alcool avec une soupe à l'oignon y trouva le même accueil de simple routine que le régulier de midi. Ayant accepté le caractère de brasserie à débit continu et à prix abordable, la nourriture servie ne suivait plus les critères de la grande cuisine, même si les portions furent généreuses.
Partie III
La Café du Commerce à la Place d’Armes (N°13) compte parmi les établissements les plus vénérables de la capitale. Avec l’ancien Café belge, et à partir de 1895 du Grand Café, le Café du Commerce comptait parmi les seules brasseries flanquant la partie sud de la Place d’Armes. Pendant 140 ans il fut un établissement de référence, un centre culturel, un centre de formation pour tout type d’organisation. Fermé en 1987, l’enseigne a cédé sa place au restaurant « Pizza Hut. »
Rendez-vous du « tout Luxembourg »
Avec Léon Behm-Huss, le Café du Commerce allait, à partir de 1946, se développer jusqu’à la cessation de ses activités comme lieu de recontrer du « tout Luxembourg ».
La Moto Unioun y établit son siège tout comme le swimming-club ou encore l’aero-club de Luxembourg, le canoe-club, la société de tir à l’arc, la fédération luxembourgeoise de volleyball, le club Hiversport.
La salle au 1er étage servit de salle de projection aux associations « Camera » aux Ciné amateurs luxembourgeois, mais aussi aux associations sportives qui agrémentaient leurs soirées et conférences de projections de films amateur, illustrant leurs activités.
Léon Bhem organisa quelques bals, mais sa recette provenait surtout de la location de la salle à de très nombreuses associations. La grande salle était louée quasiment au moins pendant deux soirées par semaine. Les membres du monde associatif ne s’y rencontraient pas uniquement pour l’assemblée générale annuelle, mais aussi pour les nombreuses réunions de comités. En voici une énumération non exhaustive qui laisse entrevoir l’excellente inclusion de café dans la société : Association pour l’Education populaire, les amitiés françaises, l’association des auberges de jeunesse, les anciens détenus de Buchenwald et de Tambow, l’association des « insoumis-armée secrète », l’association des enrôlés de force, l’Amicale Auschwitz, la société coopérative des fonctionnaires (Konsum), la British Luxembourg society, l’UGDA, l’Union des Sociétés de Chant de la Ville de Luxembourg, l’ordre des Architectes, l’Association Radio-Luxemburg, les Amis d’Israel, les Amis des Musées, les Amis de l’Histoire, les Amis d’Autriche, le Frëndeskrees Lëtzebuerg Siewebiergen, les Aquariumsfrënn, la ligue Luxembourgeoise pour l’Etude et la Protection des Oiseaux, Proenergie asbl, Jeunes et Environnement, l’Union des timbrophiles, l’Association Luxembourgeoise des Journalistes. En 1963, l’association « Les aéromodélistes du Luxembourg » s’est constituée au Café du Commerce. En 1977, s’y forma la section « Ville de Luxembourg » de la Déierschutzliga suivie en 1980 de la fondation de la Centrale du chien d’agrément. A nouveau, la centralité du lieu, sa renommée expliquent que chez Behm-Huss on fonde les sections locales d’associations nationales.
Centre de formation et de promotion
Un nouveau type de manifestation apparaît avec l’organisation de soirées de formations professionnelles et de présentation de nouveaux produits commerciaux. Ces formations étaient d’ordre technique - comme celle proposée par l’Union des pilotes aviateurs luxembourgeois - et s’adressaient à un public bien spécifique. Des cours de sténographie, ou de danse professionnelle représentent un autre type de formation. Les conférences techniques en relation avec les retransmissions télévisées furent particulièrement nombreuses durant les années 1950. Le Café du Commerce accueillit ainsi des activités qui de nos jours sont assurées par les centres de formation à la Chambre de Commerce ou à la Chambre des Métiers. Ce type de manifestations attira encore d’autres publics, tels que l’Association des Techniciens diplômés du Luxembourg.
Parmi la promotion de produits commerciaux, citons la présentation de poudres à lessive, de poêles électriques, de disques à musique, d’automates à bandes perforées, des articles de ski nautique, voire même d’engins de chantier. En 1979, une agence de voyages présenta les attraits pour effectuer un voyage de loisirs en Inde. Souvent ces présentations étaient soutenues par des projections cinématographiques.
Réunions au rythme de l’actualité politique
Si les bals étaient rares au Café de Commerce, les fêtes de familles le furent autant. Quelques rares mariages furent fêtés à la salle du 1er étage. Des remises de prix suite à des concours ou courses sportives furent assurées dans cette belle salle éclairée par des grandes baies vitrées. Quelques banquets démocratiques et fêtes d’entreprises y furent également organisés. Comme régulièrement les notaires y organisaient des ventes publiques d’immeubles, il est logique que l’Union des propriétaires du Grand-Duché organisaient leurs assemblées générales à cette enseigne.
Qui admet que la désignation de Luxembourg comme capitale des Communautés Européennes (CECA) fut une affaire exclusivement politique excluant l’avis de la société civile s’y trompe. Dès février 1952, les associations de jeunesse s’engageant pour la mise en place de l’Europe des 6, se sont réunis au Café du Commerce. La présence de l’ASSOSS, de l’Association Nationale des Etudiants Ingénieurs Luxembourgeois et de l’Union Nationale des Etudiants du Luxembourg avait fait du Café du Commerce un foyer de la jeunesse estudiantine où la Jeunesse fédéraliste luxembourgeoise se sentait à l’aise. Cette ouverture à l’Europe explique aussi que le Café du Commerce accueillit certaines manifestations organisées par la CECA, alors que cette communauté disposait de salles propres au château de Beggen, puis à l’ancien Casino bourgeois (rue Notre-Dame).
Au lendemain du printemps de Prague, les Tchécoslovaques résidant au Luxembourg se réunirent en « Société Tchécoslovaquie T. G. Masaryk ». Il se réunirent au Café du Commerce.
Pendant les années 1970, le CSV tenait ses réunions de la Circonscription Centre et y fonda même la section de Luxembourg-ville. L’intimité de la salle au 1er étage garantissait la discrétion des réunions. Durant l’année électorale 1974, le parti démocratique conviait au Café du Commerce pour y présenter son programme.
Par sa situation centrale et grâce à ses grande et petites salles au premier étage, le Café pouvait accueillir de façon quasi spontanée des syndicats professionnels, tels que l’Association des Chauffeurs d’Autobus qui pour des raisons d’actualité devaient préparer et faire valider des positions à faire connaître au gouvernement.
Face au mécontentement des habitants du centre-ville, ce fut au Café du Commerce qu’a été fondé en 1957 le Syndicat des Intérêts locaux « Lëtzebuerg Stad ». L’année suivante, l’Entente des Syndicats d’Intérêts Locaux y fut scellée.
Dans les années 1950, le tourisme en plein air connut un grand essor. Dans cette foulée a été mise en place la commission de l’Auto-Camping auprès de l’Automobile Club. Le Camping Caravanning Club de Luxembourg-Ville et la fédération luxembourgeoise de Camping Caravanning se sont tous réunis de façon régulière au Café du Commerce. Le Camping Jugendclub y fut fondé en 1968. A cette même époque des cours en vue de l’obtention des permis de bateau à moteur furent assurés au Café du Commerce.
Entre 1974 et 1979, dans la foulée de réformes initiées par le Gouvernement Gaston Thorn-Benny Berg, concernant la famille et le droit pénal, la modification du régime de l’adoption, ainsi que la nouvelle loi sur l’entrée, le séjour et l’accès au travail, faisaient que les associations défendant les intérêts des personnes visées population se réunirent au Café du Commerce : Ligue Luxembourgeoise pour le Secours aux Enfants, aux Adolescents et aux Adultes, l’association des familles adoptives, la fédération nationale des femmes Luxembourgeoises, l’union des femmes divorcées, le mouvement de libération des femmes, l’OGBL-Synndicat Erziehung & Wissenschaft, le Comité de Défense des Travailleurs Immigrés. Ils s’y concertaient pour développer des stratégies d’action. Toujours sur le plan social, la Fédération des Employés Privés, la Société coopérative des Employés et la caisse générale de prévoyance se réunirent au Café du Commerce.
Sur le plan culturel, il faut citer en 1978 la « Lëtzebuerger Literatur a Konschtgewerkschaft ».

La terrasse un atout particulier
Depuis 1875, la place d’Armes était dotée d’un kiosque à musique. Pas moins de 142 fanfares et harmonies étaient fondées à travers le pays entre 1861 et 1920. Les concerts d’après-midi, en soirée, le dimanche pour l’apéritif connurent un grand succès. Les terrasses de la place étaient divisées en deux sections, l’une longeant le trottoir, l’autre étant aménagées sous la double rangée d’arbre entourant le kiosque à musique. En 1968, le stationnement pour véhicules à la place d’Armes fut interdit. Seulement en 1985, la place devint définitivement zone piétonne. Le soir, les terrasses étaient illuminées par des guirlandes. Les clients s’y retrouvaient pour assister à un concert ou jouer aux cartes en plein air ou prendre un verre. Une vieille tradition veut que les fanfares et harmonies qui se produisent au kiosque prennent leur dîner dans un des restaurants de la place. Ces ensembles comptant plus de 30 personnes furent évidemment des clients bienvenus. Il arrivait que des trompettistes placés aux fenêtres du restaurant rejoignaient par leurs intermèdes leurs collègues jouant au kiosque. Un attrait bien marketing pour l’établissement. En février 1980, l’Amicale de la Stadmusek a vu le jour au Café du Commerce.
Dès la fin des années 1980, le monde associatif a bien changé. La société s’est fortement internationalisée. Toute la place d’Armes est désormais entourée de cafés restaurants. Pâtisserie, magasin de fourrures, alimentation générale, magasin Hifi, coiffeur, tous ont disparu. La place est devenue un site touristique. Aux centres culturels qui attirent les assemblées générales se sont rajoutés les salles de réunion et bureaux que la Ville de Luxembourg met à disposition des associations qui y peuvent stocker leur matériel et leurs archives. Face à cette mutation, les investissements dans un concept de sociabilité surannée n’étaient plus rentables. Le Café du Commerce, peu avant sa fermeture, était toujours apprécié pour ses moules et plats copieux, mais le cadre et l’ambiance avaient vieilli. En 1987, une nouvelle époque s’annonce avec l’ouverture du restaurant Pizza Hut.